La frontière des ténèbres, Jean-Luc Bizien (Toucan Noir)

Certes en décidant de lire le tome 2 de La Trilogie des Ténèbres, il n’y a plus l’effet de surprise, on sait qu’ on se dirige vers la Corée du Nord, c’est à dire vers un état totalitaire encore fermé et contrôlé d’une main de fer par Le Cher Leader et son armée.
Une fois cette « non-surprise » passée, et je vous assure que ce n’est pas un reproche, Jean Luc Bizien nous remet bien vite en compagnie de notre rédac chef us, Seth Ballahan, fan de musique et de John Mellencamp en particulier, et de son mystérieux homologue coréen qui répond au doux nom de Kim Ji Sung.

Double homicide et meurtres impossibles dans un village pilote à la pointe de la technologie font que Seth Ballahan qui pensait être de retour en Corée avec son épouse et sa fille pour un séjour d’agrément, va vite déchanter et se retrouver embarqué dans une histoire effrayante.

Vite fait, bien fait, et un tour de passe passe plus tard (ça, il sait faire aussi, au sens propre comme au figuré), Jean Luc Bizien nous offre un fabuleux retour au cœur des deux Corée. Une opposition de tous les instants entre Séoul au sud et Pyongyang au nord, entre la culture occidentale et asiatique. C’est une immersion précise dans ce monde bien particulier qu’est la culture asiate que commence à comprendre Seth : « Les Coréens sont ainsi… Tous les Asiatiques sont ainsi… On ne peut les comprendre, on ne les comprendra jamais : ces types sourient pour ne pas mordre, ils sont toujours d’accord -en apparence ».

En magicien avisé qu’il est, JLB ressort un Paik Doong-Soo, monument de bravoure, de fidélité et enquêteur hors pair, qui tel un « Colombo » va devoir s’employer comme un diable à résoudre ce scénario. Repasser en Corée du Nord sera l’occasion de nous rafraîchir la mémoire à propos de ce régime subversif et de nous glisser quelques scènes d’effroi.
C’est un vrai thriller et le rythme va en s’accélérant grâce des chapitres courts et incisifs. Suspense et chasse à l’espion digne des meilleures périodes de la Guerre Froide, une ironie présente à bien des moments et des degrés divers font de cet opus un divertissement de premier plan agrémenté de nombreuses questions de fond et réflexions philosophiques.

L’auteur dénonce déjà une technologie ultra présente et plénipotentiaire, celle qui, sous prétexte de sécurité, vise au contraire une aliénation totale de la liberté de l’individu. A faire peur, je vous dis, parce qu’aujourd’hui cette technologie de puces et de drones rentre de plus en plus dans notre quotidien sans que l’on en soit forcément au courant !

Dangereuse immersion dans un état où la moindre prise de parole ou regard en coin peut décider du sort de votre vie, on se dit que l’on ne va pas courir en agence chercher un vol direct pour la Corée du Nord, bien au contraire. Défier les autorités de ce pays est un exercice périlleux et vouloir y pénétrer sous une fausse identité et en ressortir est une folie de l’esprit .

Mais ne craignez rien, Jean Luc Bizien est un bon guide et un excellent conteur. Alors laissez vous emporter par la plume de l’auteur parce que vous vous souviendrez de votre voyage en première classe au pays de Kim Jong-Deux, même si cela pourrait être un aller sans retour !