La Rivière de Sang, Jim Tenuto (Gallmeister – Totem) par Le Corbac

Pour une fois je voudrais commencer par parler d’une autre personne que l’auteur. Oui, oui Monsieur Jacques Mailhos il s’agit de vous.
Je suis totalement incapable de lire en V.0 et je ne sais pas si je dois le regretter. En tout cas, il y a des moments de lecture durant lesquels on ne peut s’empêcher d’y songer.
Pourquoi? Juste parce que durant un instant on a ce sentiment de lire en VO ( comme à force de regarder des films en V.O sous-titrés, on finit par oublier qu’on lit et on se croit bilingue…).
Et cet instant on le doit à la qualité de la traduction.

Ce texte de Jim Tenuto m’a accroché aux zygomatiques. La justesse des bons mots, la qualité des échanges entre les personnages, ce rythme pseudo contemplatif qui nous hypnotise et nous emmène à suivre inlassablement cette mouche qui suit le cours de la Rivière de Sang.
Le ton est juste et on en entendrait presque les accents résonner à nos oreilles.

Le récit se place dans un lieu paradisiaque, un coin de paradis, le jardin secret des pêcheurs, le tout sous l’œil averti de Dahlgren Wallace.
Dahlgren Wallace… Un flegme à toute épreuve, un mordant dans la répartie, un sens de la sociabilité équivalent aux multiples hématomes ornant ses pommettes et surtout il est le roi de la ligne… Alors quand, brutalement, au point d’en effrayer les truites en perturbant le calme lénifiant de la rivière, les faisant se dissimuler dans les divers alluvions du fond, il se retrouve accusé du meurtre d’un client de son patron, il décide de laisser les poissons venir le flairer, le renifler, joli petit appât qui s’agite docilement au bout d’un hameçon.
Patiemment il va laisser la ligne se poser, les poissons venir mordre ou pas à chaque lancer. Il va corriger ses lancers, s’avancer parfois un peu trop loin dans le cours de la rivière, quitte à prendre le risque d’être submergé et de disparaître.

Jim Tenuto a su construire un roman noir et accrocheur, conçu comme une véritable partie de pêche: plusieurs hameçons, plusieurs lignes, divers lancer, différents moulinets et cannes variées. Amateurs ou professionnels, mythomanes ou objectifs, les pécheurs se succèdent aux fils des pages et des échanges.

Un roman paisible, addictif et empli de sérénité.
Encore…..

Le Corbac.

Traduction de Jacques Mailhos.