Né d’aucune femme, Franck Bouysse (La manufacture de livres) par Aurélie (parution janvier 2019)

Résultat de recherche d'images pour "né d'aucune femme"Tout commence comme dans un conte, un conte bien loin des adaptations de Disney, proche des originaux du genre, avec pauvreté, ruse, cruauté et violence à souhait. La construction est splendide, l’auteur se jouant du lecteur qui pense très vite deviner comment les choses se mettent en place…
Les lecteurs qui suivent Franck Bouysse depuis ses débuts retrouveront tous les ingrédients qui font de ses livres des romans noir d’une sensibilité extrême. Je décèle pourtant dans celui-ci un petit truc en plus qui me fait le placer au-dessus des trois précédents. Il atteint une beauté telle dans l’écriture qu’elle m’a happée dès la ère page, impossible de stopper ma lecture, comme si mon destin était lié à celui de Rose.
C’est une lecture d’autant plus belle pour moi que j’étais passée complètement à côté de son précédent roman Glaise après avoir adoré ses premiers. Mais il en va ainsi en littérature, quand on est lié à une plume, on la suit quoi qu’il arrive et on sait que l’œuvre en cours nous réserve encore bien des surprises.
Bravo à Franck Bouysse et à La Manufacture de livres, grande découvreuse de talents !

3 minutes, 7 secondes, Sébastien Raizer, La Manufacture de Livres

Profil atypique que celui de Sébastien Raizer.   Co-fondateur, dès 1992, des éditions du Camion Blanc, spécialisées dans le rock, il y traduit des textes de l’anglais et en publie également sous son nom.  Ainsi verront le jour plus de 400 titres. Arrivé en littérature avec Le chien de Dédale en 1999 (Verticales), il poursuit avec Corrida détraquée chez Grasset en 2001 avant de se lancer dans une trilogie ambitieuse et exigeante parue à la Série Noire : L’alignement des équinoxes (2015 à 2017). Fasciné par le Japon et sa culture, Sébastien Raizer vit actuellement à Kyoto.

Pour son premier ouvrage à La Manufacture de Livres, il frappe fort avec    3 minutes, 7 secondes, une novella d’à peine plus de 100 pages qui plonge le lecteur au coeur du vol MU 729, entre Shangaï et Osaka et lui fait partager les quelques minutes restant à vivre à l’équipage et aux 316 passagers avant qu’un missile nord-coréen n’entre en contact avec l’avion.

Parti de Shangaï avec du retard, le vol MU 729 doit également calculer sa trajectoire en fonction du typhon Talim, en provenance d’Okinawa. On le voit, ce ne sera pas le trajet le plus serein pour le commandant Nomura.

En se focalisant à la fois sur les relations troubles entre les membres du personnel de service et sur les pensées et divagations de quelques passagers, Sébastien Raizer offre un tableau pris sur le vif, un instantané de vie dans un dernier voyage vers la mort. Des hallucinations/souvenirs de Nomura lorsqu’il est informé de l’envol du missile aux réflexions du sino-américain Glenn Wang concernant l’hypothèse d’un jeu psychique et collectif permettant l’expérience de la mort, le voyage est autant mental que physique. Yan Van Welde, autre passager, condense à lui seul ces deux aspects puisqu’il est voyageur-photographe et c’est dans le cadre de son projet en cours, intitulé Plein Est, qu’il est présent dans l’avion et se remémore les images marquantes des étapes précédentes.

« Je me demande même si une part de moi ne souhaite pas secrètement que ce cinglé ait raison et qu’un missile nord-coréen vienne bel et bien annuler le vol Shangaï-Osaka. Le rayer de la carte du ciel – nous ne sommes déjà plus sur terre, de toute façon. Mourir sur terre serait manifestement plus tragique et plus douloureux. Mais ici ? Nous ne sommes déjà plus nulle part, endormis dans un long et monotone et interminable flottement, en apesanteur de nous-mêmes. »

Aussi court que réussi, 3 minutes, 7 secondes parvient à se montrer déstabilisant, voire dérangeant dans ses dernières pages, et ce huis-clos céleste mêle avec virtuosité le physique et le cérébral, le sexe et la mort au long de ces 187 secondes de tension.

Yann.

 

Un pays obscur, Alain Claret (La manufacture de livres)

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Un romancier pas assez connu qui pourtant le mériterait vraiment comparé à , … ad lib… Écrire est un métier, ce livre en est un exemple parfait. Évidement qu’on peut tous et toutes avoir un hobby, mais certains ont de la magie dans les doigts, et dans la tête… d’autres un peu, et d’autres rien.

Un livre qui ne dépareille pas de sa bibliographie, une écriture poétique, parfois lyrique emprunte de mélancolie. Un voyage au bout de la résilience, sur fond d’intrigue bien entendu polardesque (inventons donc des mots, les maux sont sont eux bien alignés par l’auteur).

Nous allons donc aborder différents sujets mes cher enfants, comme la relation père fils, la perte, la mort qui frappe, l’emprisonnement, la disparition des autres, tout cela entrecoupé de description d’une forêt et accompagné d’une cuisine alléchante combiné à des vins précieux.

Avec une facilité déconcertante l’auteur nous emmène dans son histoire, qu’il prend le temps de poser. Aucun ennui, un malaise sourd s’installe doucement. En  partant de  Libye avec ses fantômes, Thomas après avoir été otage, essaie de se reconstruire dans la maison de son père. Mais d’autres fantômes s’y installent pour notre personnage, tout en  apprenant des choses dont il ne se doutait pas sur son père. Mais Thomas n’est pas seul pour les affronter, il y a Tom et Ripley qui veillent sur lui. Le »Ripley » de Patricia Highsmith.

Bienvenue dans le pays obscur, la limite psyché ou le fantôme de son père va entraîner Thomas. Là ou rôde le mal sous plusieurs formes.

Parler de l’incohérence du monde en général en géopolitique et revisiter la chute de Kadahfi, sans bfm tv, TF1 et autres connard de l’info modelée.

Maurras, Drumont, Benda, mais surtout pas que, Duras,LHagakuré, La guerre des Gaules, Socrate etc,  une érudition réfléchie et distillé au long du livre par des maximes. Avec un joli clin d’oeil à Ian Rankin…

Les 70 dernières pages vont vous figer, la fin est amenée de manière brutale. Figé, alors ne lisez pas dans un transport en commun, le canapé et le lit sont conseillés sous peine de devenir une statue de sel ou de  glace. Mais quelle fin, tout s’enchaîne à une vitesse vertigineuse, toutes les questions posées finement ou insidieusement sur 350 pages se libèrent… Puis il y a l’épilogue, et là, vous devenez une statue de bronze, avec la bouche béante, le regard hébété, figé pour l’éternité par le sorcier Alain Claret

Avons nous fait notre boulot de journalistes ? c’est un NON géant !!!

Alain Claret a-t-il écrit un livre envoûtant et enivrant loin de la fadeur de la rentrée littéraire, voire sur 2018 c’est un OUI, géant !!!