Les enchaînés, Jean-Yves Martinez (Le Seuil – Cadre Noir)

Après deux romans parus aux éditions des Equateurs en 2004 et  2008, Jean-Yves Martinez arrive au Seuil, dans la récente mais déjà réputée collection Cadre Noir. L’homme est inconnu de nos services, fiché nulle part, discret donc, ce qui donne d’autant plus de force à ses Enchaînés, que l’on n’attendait pas.

Au bout d’un parcours éprouvant depuis le Sénégal, David Sédar, sans papier, arrive dans un petit village de la Drôme où il compte retrouver monsieur Denis, qui travaillait pour une ONG en Afrique et lui a fait une promesse avant de partir. C’est l’hiver, les choses ne se passent pas comme le jeune homme l’avait prévu, et il se retrouve dans une maison au milieu des bois, en compagnie de la femme de monsieur Denis, qui, lui, a disparu. Pendant ce temps, sur la commune, on abat les chiens errants à vue afin d’éviter une épidémie de rage …

Sur un canevas de départ plutôt original, Jean-Yves Martinez pose en 170 pages à peine un récit à lire d’une traite, installant dès les premières lignes une atmosphère délétère. Laissant volontairement dans l’ombre les principaux éléments clés du récit, l’auteur immerge le lecteur dans une espèce de brouillard dont n’émergeront que progressivement quelques embryons de réponse.

Rien ici n’est vraiment net, précis. Les contours des personnages, comme leurs motivations, restent flous. Sans être un véritable huis-clos, Les enchaînés en utilise quelques éléments et tout, dans le décor, contribue à imposer une sensation de malaise. Mais, au-delà de ce cadre noir (clin d’œil) et de cette ambiance étouffante, c’est bien un roman sur le mensonge et la manipulation que l’on tient dans nos mains. Que s’est-il réellement passé au Sénégal ? Où est monsieur Denis ? Que veut sa femme ? Quelles sont les vraies attentes de David Sédar ? Lorsque la vérité semble vouloir apparaître, elle éclaire chacun(e) d’une lumière nouvelle et démontre qu’ici, personne n’est ce qu’il (elle) prétend être.

Ce sont les rapports particuliers unissant ces personnages qui donnent son titre au roman et l’on comprendra rapidement que les liens entre deux personnes peuvent se resserrer au point de devenir entrave ; c’est à ce stade qu’en arrivent les protagonistes de ce texte, unis bien malgré eux dans la noirceur du mensonge et de la manipulation. Texte court et tendu, Les enchaînés constitue une excellente découverte de ce début d’année.

Yann.