Blood Song, Anthony Ryan (Bragelonne) par Le Corbac

Sorti en 2017, ce premier volume d’une saga consacrée à Vaelin Al Sorna est entré en ma possession en décembre 2018 (oui je sais, il m’a fallu le temps mais c’était Noël et ce fut un beau cadeau).
Déjà, y a des cartes et ça c’est super important; je dis pas que tu vas les utiliser à chaque fois mais c’est rassurant. Perso je trouve ça super important; tu vois ce petit plus qui fait que tu peux vérifier, suivre le récit de manière géographique. Ce gage de sérieux qui te dit: regarde c’est là et là et là. Cela donne une lecture plus concrète, ancrée dans la réalité.
Une fois ceci dit, qu’en est-il de ce récit?
Il est exactement ce que moi j’attends d’un bon récit de Fantasy.
Le style est bon et la structure souvenir raconté à un scribe /  jonction finale avec le moment présent est judicieuse et permet de donner tout son rythme à l’histoire. Alternant les échanges entre Vaelin et le scribe et le récit chronologique de son enfance et des raisons qui l’ont mené à cet instant, Anthony Ryan nous offre deux choses.
D’abord des pauses, des instants pour souffler, pour laisser retomber l’adrénaline, parce qu’il sait gérer le rythme et l’intensité narrative. Chaque partie monte en puissance, gagne en force progressivement. Il y a une certaine forme de la structure narrative utilisée par Robert E. Howard dans Conan. Toute la trame est ainsi constituée d’une succession d’épisodes qui forment un tout. C’est pratique pour la lecture aussi ce petit côté feuilleton.
Et puis, et puis il y a cette duplicité, ce vrai faux récit dont on ne découvre les absences ou les trous qu’à chaque fin de partie. Nous, lecteurs, avons droit à l’intégralité du récit, quand Verniers n’a qu’une version édulcorée, plus proche de celle du troubadour ou du conteur que de celle du biographe.
Pourquoi? Dans quel but?
Le reste de la recette est respecté à la lettre, les ingrédients connus et approuvés.
Chaque étape a déjà été testée, on est capable d’anticiper la suite et le déroulement de l’histoire ainsi que certaines conclusion. Et pourtant on se laisse encore une fois porter par la traduction de Maxime Le Dain qui a su transmettre cette intensité et ce rythme dans l’écriture d’Anthony Ryan.
Le liant de cette recette est basé, bien évidemment, sur l’éducation du personnage de Vaelin, son apprentissage, ses frères, ses influences, ses aventures de jeune homme.
Les liens d’amitié se tissent, ceux du respect des règles et des maîtres s’étoffent. Les épreuves de la formation sont le pendant des évolutions du personnage, adaptées et cohérentes.
Et derrière tout cela se trament bien sûr des luttes de pouvoir, des conflits, des batailles et des guerres engendrés par l’avidité ou la vengeance. Oui il y a aussi une trame géopolitique.
Et ça c’est fin. Très fin même. Il m’a rarement été donné de lire de la Fantasy aussi intelligente si je peux utiliser ce terme. Gemmell l’a fait avec sa saga Troie: créer toute une Histoire à son histoire, y incorporer tous les éléments d’ordre politique, économique, commerciaux inhérents à la vie d’un pays. On y parle donc pouvoir et commerce, politique et intrigues de couloir, luttes de classes et d’influence mais…mais surtout on y parle religion!
Royauté et Religion, ça vous dit rien?
Ah ben oui, il ne faut pas oublier qu’Anthony Ryan est d’abord diplômé en Histoire, et ça se sent, ça se voit.
Ceci fait qu’au delà d’un excellent roman de Fantasy, il nous offre une belle étude des religions, de leurs liens avec le pouvoir… oui on peut aller jusqu’à dire que l’histoire des religions européennes est ici dressée en filigrane ; inquisition et lutte pour se faire une place politique, influence et contradiction, divergence et nouvelles religions, paganisme et missionnaires, expansion et domination.
Par le biais de l’histoire de Vaelin, Anthony Ryan nous refait le récit de ces guerres de religion passées, de la montée des extrémismes, de ces luttes entre pouvoir spirituel et pouvoir exécutif.
Je n’ai qu’un regret: cette intrusion brutale en fin de volume d’une présence surnaturelle, l’introduction d’une dimension fantastique, limite ésotérique, qui arrive si brutalement que j’en ai été un poil déstabilisé.
Un très chouette roman de Fantasy, maîtrisé de bout en bout et qui nous emporte sans heurt dans une intrigue passionnante et foisonnante.
Le Corbac attend la suite… (message bien reçu Guillaume Missonnier?)

Traduit par Maxime Le Dain.

Le Corbac.