Héros secondaires, S. G. Browne, Agullo, par Le Corbac

Ça c’est de la comédie dramatique ! Un bouquin digne d’un film de Di Cillo ou de Jarmush.

Un livre social, une bible culturelle, une référence humaniste, un pamphlet contre l’industrie pharmaceutique, une pochade littéraire, une référence en terme d’humour noir et de satire philosophique.

S.G.Brown dépasse le stade de la simple comédie granguignolesque encore une fois. Il revisite avec talent l’art et la manière de dénoncer, de se démarquer sans se faire remarquer, d’expliquer sans être moralisateur.

Psychologie de comptoir et analyse fouillée ; discussion de potes bourrés mais vérités à assener, drôles de types sans aucune empathie ni ambition qui se découvrent autre chose que Monsieur Tout Le Monde.

Entre Pratchett et Incassable, un roman inclassable.

Tout y est frais et léger, profond et argumenté, facile et drôle, travaillé et nouveau, révolutionnaire et novateur.

Lire S.G.Browne, ce n’est pas s’arrêter à une culture typiquement américaine ; c’est se plonger sans bouée dans un décorum quotidien qui nous rappelle que nous sommes traités comme des chiens ou des moins que rien, tant que nous fournissons des résultats adéquats, c’est nous souvenir que, même en temps que bétail servile, nous avons notre conscience, notre esprit et que l’Humain est Bon par définition.

Quadras et quinquas de tous horizons, vous qui avez été élevés sous la coupelle des Marvel, Avengers, Strange et autres Comics, venez découvrir

Captain Vomito

Spasmo Boy

Eczéman

Super Gros-Tas

Docteur L’Enfant-Do

Mr Black-Out

Hallucination- Man

Professeur Priapisme

Nos nouveaux Héros, nos nouveaux super-méchants, une bande de losers sans emploi stable qui se découvre capable de s’enfiler une cape et un méga-moule bite pour sauver le vieux et le pochetron, le sdf et le malheureux,  de corriger le gros con irrespectueux et le sans-gêne tout permis.

Une nouvelle ère s’ouvre dans la mutation génétique !!!

Traduit par Morgane Saysana.

 

Prodiges et miracles, Joe Meno, Agullo par Le Corbac

Joe Meno - Prodiges et miracles.J’avais déjà eu l’occasion de goûter à la plume poétique de Joe Meno dans sa première parution Le Blues de la Harpie ( Editions Agullo) et là, de nouveau, je suis conquis.
Et de nouveau et même encore plus, je suis charmé et conquis.
Cette plume maniée avec finesse, nous compte une fois encore une histoire toute en délicatesse.
Dans la cambrousse profonde, un vieux fermier veuf tente de survivre avec sa fille et son petit-fils. Tout repose sur les épaules de ce vieillard qui n’en peut plus mais qui lutte. Vaille que vaille, tant que peut se faire et ce sera jusqu’à son dernier souffle.
Entre une fille junkie, anecdotique à bien des niveaux, et un adolescent métissé, placide et amateur d’animaux exotiques, le grand-père se bat seul contre l’évolution du monde, la désertification de son village, la perte incommensurable de sa femme et ses problèmes financiers qui font se vendre chaque ferme avoisinante l’une après l’autre.
Pas franchement d’espoir ni de raisons de se réjouir me direz-vous. Jusqu’au jour où, de nulle part, amené par un inconnu au volant d’un rutilant 4×4, tirant un van ne débarque ce cheval.
Ah ce cheval…
Il va devenir le symbole de la volonté acharnée qu’il a toujours démontrée. A partir de son arrivée, il va devenir un lien.
Entre le grand-père et l’enfant.
Entre son isolement et le monde extérieur.
Entre la sécurité relative de la ferme et la violence du monde.
Il va transcender cette relation « paternelle », il va contribuer à ce bon vieux rituel de l’adolescence à l’âge adulte. Grâce à cet animal merveilleux, tout droit sorti de la Bible, signe du ciel, marque du Destin, les divers protagonistes qui vont se rencontrer, se croiser, se suivre et influer sur l’existence de tous, vont se remettre en question, s’accepter ou se tolérer. Ils vont découvrir le pardon, la rédemption, l’amour et la famille.
Parce que oui Prodiges et Miracles est un livre complet et complexe, d’une poésie troublante et aux émotions émouvantes. Sans aucun pathos, sans aucune fioriture ni excès de style, Joe Meno nous propose une étude des émotions humaines, le poids et la responsabilité de la famille, le besoin de croire en quelque chose, Dieu ou autre. Il nous compte un roman initiatique, celle de l’ado, celle du grand-père. C’est un roman sur l’acceptation de ses erreurs et la reconnaissance de ses choix, la compréhension de ses échecs.
Plein de pudeur et foncièrement intime, ce roman baigne dans un clair obscur riche en images de toute beauté. A chaque page, à chaque situation nous saute au visage une poésie, une sensibilité parfois onirique, souvent émouvante.
Joe Meno, entre Steinbeck et Voltaire, nous emmène à la poursuite de ce Cheval en un roman initiatique et formateur.

Traduit par Morgane Saysana.