Organigramme, Jacques Pons, Hugo Thriller, par Bruno D.

Paillettes, strass, feux de la rampe et tapis rouges, cocktails, personnalités médiatiques et jeunes femmes aux déhanchement lascifs, voilà ce que le commun des mortels vous citera certainement dès que le sujet de la mode sera abordé. C’est la partie émergée de l’iceberg. Jacques Pons, lui,  a choisi un autre terrain, une autre vérité, un éclairage violent sur ce qui se passe en coulisses.

La Maison Louis Laigneau, au firmament de son art, est une marque reconnue de la Haute Couture, mais c’est avant tout une entreprise avec son « Organigramme » où chacun est a sa place, où chacun donne le meilleur de lui même jusqu’à l’épuisement avec à sa tête un PDG, Angelo Bertani, que tous respectent ou craignent, c’est selon. Juste derrière lui se trouve Marek Konecny, chef de la sécurité et des services généraux, un rôle flou pour cette espèce de mercenaire qui sort d’on ne sait où et est inquiétant à souhait, froid et méthodique. Et puis, les autres employés sous les ordres des Dir Com, Dir Pro, Dir admin, DRH, etc…. bref plus de 200 personnes qui s’exécutent et appliquent bon gré mal gré des directives que personne n’oserait contester.

Sauf que ce petit monde qui fait rêver vu de l’extérieur est en fait un panier de crabes de la pire espèce à tous les niveaux et un grain de sable imprévu (un tueur très manipulateur) va venir semer le doute, la trouille, et disloquer jusqu’à son plus haut niveau une entreprise flamboyante .

Jacques Pons frappe fort et grâce à des chapitres courts, un scénario angoissant… et des cadavres qui s’accumulent, il nous livre une vision du monde du travail à travers le prisme de la mode absolument effarante !

Il instaure une peur sourde, celle qui fait que tous se regardent du coin de l’œil et c’est parfaitement réalisé en explorant tous les rouages de l’organigramme  d’une entreprise qui se veut leader et exemplaire. Entre séminaire de créativité, pressions diverses et grâce à ses quinze années passées dans l’univers de la mode, l’auteur malmène nos nerfs, nos héros, et montre que la frontière entre les racailles du 93 et l’univers feutré et chic de cette Maison Lagneau, fleuron du luxe à la française est plutôt mince : aussi violent et mortel l’un que l’autre !

Autant sociétal que noir, j’ai beaucoup apprécié cette immersion profonde dans cette galaxie bien particulière ou l’on côtoie des tyrans et des lopettes tiraillés entre jeux de séduction et de pouvoir, et où on vous plante un couteau dans le dos dès que l’occasion se présente, alors que juste avant on vous faisait un beau sourire fielleux de circonstance. Cruel et sans équivoque !

Je plussoie bien évidemment à 200% ce Coup de Coeur RTL 2018, d’autant plus que c’est un premier roman. C’est pour moi moi un sans faute et un bon shoot de plaisir dont la maison Hugo Thriller semble de plus en plus être coutumière avec ses dernières sorties (Hunter, Maudite etc…).

Bruno.