Le couteau, Joe Nesbo (Gallimard – Série Noire), par Le Boss

Le retour de Harry Hole, avec une superbe couverture, si le ramage est aussi beau que… On y va !

Mon pauvre Harry, il ne t’a pas ménagé ton créateur, te faire cela à toi. Tout ce que tu subis alors que lui, peinard tranquille encaisse les ronds…

Déjà ton nom, « trou », bref …

Alors j’ai pas tout lu la série de cet inspecteur, j’ai commencé chez Gaïa, plus en poche, pour en finir ici, chez Gallimard.

De mémoire, je pense que c’est un des plus noirs et un des plus intimistes. Nous partons dans l’exploration des addictions, de la perte.

Après on peut aussi louer le talent de l’écrivain, rien que l’intro, et les 50 pages suivantes c’est « open bar » pour Harry…

L’auteur, à travers sa trame, va puiser au fond de chacun des personnages qu’il a créé et utiliser toutes les ficelles du polar pour nous emmener en bateau, et on va aller loin.

Mais la richesse de ce roman, du moins à mes petits yeux, tient sur les rapports et les sentiments des personnages M. Nesbo vous êtes allé loin et je vous en félicite, vous pourriez clore la série ici, sans souci.

C’est quand même la fin d’une époque, je ne sais le devenir de ce personnage et de ceux qui l’accompagnent depuis le début, mais ce livre frappe la série.

C’est par ailleurs sûrement le meilleur que j’ai pu lu lire, pas de badinage.

Ne commencez jamais cette série par celui ci.

Traduit par Céline Romand-Monnier.

Le Boss.

Nos derniers festins, Chantal Pelletier (Gallimard – Série Noire), par Aurélie

Imaginez le parfait mélange d’une carte vitale et d’un permis à points. C’est l’accessoire diabolique que projette dans notre existence Chantal Pelletier en 2044. Impossible de manger ce qu’on veut ! Trop gras, trop sucré ? Si on contrevient à ce qui est bon pour nous, on perd des points et gare à nous si on les perd tous…

Le trafic de camembert est devenu plus lucratif que celui de la drogue et des pique-niques clandestins sont organisés pour déguster des produits issus du marché noir en toute impunité.

Un duo de contrôleurs alimentaires va mettre les pieds dans un bien mauvais plat : un cuisinier est ébouillanté dans sa blanquette non réglementaire et l’hécatombe semble se propager dans ce coin de Provence où les produits du terroir et la bonne chère donnent des envies de résistance aux citoyens.

Ferdinand, tout juste débarqué du « ‘nord », parfaite image de la nouvelle génération élevée dans un ascétisme alimentaire déprimant, va devoir faire équipe avec Anna, bonne vivante et gourmande invétérée qui profite des descentes que son statut lui permet pour goûter à tout avec goinfrerie.

Voilà un roman qui bouscule allègrement la bienséance alimentaire et nous donne envie de banquets gargantuesques. On salive, oui, mais on réfléchit aussi. Peut-être que si on arrive à se raisonner sur le plan de l’agriculture aujourd’hui, si on peut respecter ce que la nature recelle encore de trésors sans tomber dans des extrêmes, on pourra sauver une partie de notre humanité, la plus importante, celle qui nous raccroche à la terre.

Vous pouvez fondre sans plus attendre pour cette délicieuse dystopie !

Aurélie.

La vie en en Rose, Marin Ledun (Gallimard – Série Noire), par Le Boss

Deuxième partie d’une trilogie mettant en scène une famille de Tournon aux personnages iconoclastes.  Vous avez aimé le premier, vous adorerez le second.

Écrivain étiqueté voix du noir, Marin est avant tout un auteur, ne suivant aucun chemin, pas de programmation, de carrière, il est libre. Si vous en doutez regardez donc sa bibliographie.
Marre du convenu  du noir, de personnages récurrents, flics blasés, alcoolos, serial killer à l’enfance ravagée, marre de l’ouest, du nature writing, envie de rire tout en s’instruisant avec une belle histoire qui sort des clous ! Je vous propose ce livre.
Les livres dit « policiers » ou noirs » comiques sont très rares, surtout ceux qui tiennent la route. De plus, Marin est un des rares à réussir à parler et penser au féminin, et cela marche nickel !!!
En filigrane, que vous connaissiez Marin ou pas, bien sûr qu’à travers chaque page, il pointe les problèmes sociétaux, met des des coup de lattes à ceux qui le méritent, et clôt son livre en montrant bien du doigt le rouleau compresseur qui flingue tout un chacun, sans balles, mais à petits coups de crosse.

Collection Série Noire, Gallimard
Parution : 02-05-2019
 
Le Boss.

Au nom du père, Eric Maravélias (Série Noire – Gallimard) par Le Boss

C’était pas simple de sortir d’un premier livre aussi tapageur….,

Il en aura fallu du temps, et le temps aidant, autre lieu, autre style, bref, c’est gagné, tant pis pour ceux qui voulaient une continuité de son premier.

C’est un Eric en pleine forme et surprenant que nous retrouvons dans ce livre, du moins sa plume..( en epérant qu’il mette plus de jogging^^)

Axé sur un futur assez proche, on évolue dans une quasi noirceur, indélébile comme l’encre de ses pages… »oh ppppppppppppputainn je m’aime^^ ».

Certains vous parleront de tragédie grecque, moi je dirai, violence, humain.

Sans noircir les traits, 5 ans entre les deux livres, et bien il fallait sûrement cela.

 

Plus de vingt ans après que Dante Duzha a quitté la Macédoine en raison des bouleversements politiques que connaît le pays, un incident imprévu fait vaciller l’empire qu’il s’est construit en France.
Dans un Paris crépusculaire, au bord de la guerre civile, gangrené par les crimes et les trafics, l’insidieux poison des secrets de famille nourrit les rancœurs et les haines les plus tenaces. Alors quand entrent en scène l’amitié trahie, les amours impossibles, les ambitions démesurées… c’est le vent furieux des passions humaines qui se déchaîne; puis la violence s’installe, entraînant inexorablement les personnages de cette tragédie moderne vers un destin tragique.

Le Boss.

Chaque homme, une menace, Patrick Hoffman (Gallimard – Série Noire) par Yann

Premier roman de Patrick Hoffman, Chaque homme, une menace nous arrive à la Série Noire, traduit par Antoine Chainas. Une fois n’est pas coutume, le traducteur est ici mieux connu que l’auteur et il faut bien reconnaître qu’on aura eu un temps la curiosité de savoir ce qui avait avait pu attirer l’étonnant Chainas vers ce texte. Et, finalement, on n’est pas si surpris …

Raymond Gaspar, petit délinquant, sort de taule après avoir purgé une peine de quatre ans pour avoir tenté de vendre un bateau volé. Poissard, le type compte sur un nouveau départ grâce à Arthur, rencontré en prison et qui gère un juteux trafic d’ecstasy. Chargé de résoudre des tensions entre les parties concernées, Raymond va, assez rapidement, se retrouver dépassé par les événements … Et la suite du récit permettra rapidement au lecteur de comprendre à quel point Raymond est loin d’imaginer dans quel panier de crabes il vient de mettre les pieds.

Construit en cinq parties faisant chacune le focus sur un des protagonistes de ce réseau, Chaque homme, une menace abat ses cartes au coup par coup, présentant ainsi progressivement une vision complète des intérêts en jeu. Déroulant sa narration des Etats-Unis jusqu’en Thaïlande et jouant sur une narration à rebours (procédé récemment repéré chez François Médéline et son Tuer Jupiter ou l’étonnant Bon lieutenant de Whitney Terrel), le premier roman de Patrick Hoffman intrigue et ne se lâche qu’une fois terminé.

Remontant les maillons du réseau jusqu’à la source, Patrick Hoffman met en scène à tour de rôle les différents intervenants de ce réseau international apparemment bien rôdé. Mais nul n’est à l’abri d’une erreur et la moindre défaillance d’un des exécutants met en péril la filière tout entière. Discussions, menaces, chantages, meurtres, tous les moyens sont bons pour que chacun sauvegarde sa part du pactole … Excellent portraitiste, Patrick Hoffman nous met ainsi en présence de Semion Gurevich, juif d’origine russe, et de ses « amis » et complices Issak Raskin et David Eban. Le lecteur fera également la connaissance de Gloria Ocampo, Moisey Segal, M. Hong et quelques autres encore dont la cupidité et les faiblesses respectives en mèneront quelques-un(e)s à leur perte.

Intelligemment construit, brillamment mené, Chaque homme, une menace devrait réjouir les amateurs d’intrigues à tiroirs et faire jubiler celles et ceux qui considèrent l’homme comme une créature foncièrement faible et mauvaise. Complètement amoral, ce roman est un plaisir noir au coeur de l’hiver et, surtout, l’espoir que l’auteur récidive avec autant de réussite. On l’attend de pied ferme.

Yann.


Requiem pour une République, Thomas Cantaloube, (Série noire) par Le Boss

Il est grand temps de faire le point sur les années noire de la naissance de la 5 ème, on y est encore.

Alors que bon, mais pas du bonheur, un sérieux retour aux sources ou au Styx, plutôt.

OAS, Mitterrand, Papon, le SAC, etc etc.

Quand il y a raison d’état, rien ne peut se superposer.

J’ai donc lu avec attention ce livre, d’un écrivain qui possède une belle plume, loin d’être ennuyeuse et qui, par le biais de trois acteurs, va nous raconter les arcanes du fondement de notre 5ème.

Trois personnages opposés par nature, un ex maquisard devenu truand, un jeune flic, un ex collabo.

Le tableau est posé. Nous sommes en pleine guerre froide, on crée l’indépendance de la France avec la bombe nucléaire et on décolonise… Un max de bordel à gérer donc.

Et oui, les trois perso, malgré leurs oppositions naturelles, vont devoir collaborer (ou pas, vous lirez).

On part d’un assassinat, pour revisiter les combles d’une 5 ème bien pourrie.

Bravo à l’auteur, pour tout, surtout ce ressenti pour les vioques comme moi, de personnages importants dont je me souviens, des figures, bref des figurants.

Le Boss.

 

 

 

Empire des chimères, Antoine Chainas, Série noire, Gallimard

Antoine Chainas est toujours là ou on ne l’attend pas, phrase paradoxale, qui va à merveille avec sa bibliographie. Aucun de ses livres ne se ressemble, trame et forme, sauf peut être le fond et une vue sociétale éclairée . En omettant de petits écrits, cela fait quand même 5 ans depuis « Pur « que l’auteur n’avait pas  publié de roman. Par contre il n’a pas chômé, il s’est mis à la traduction de romans anglo-saxons pour Gallimard et J C Lattès.

Tout cela suscité pour en arriver où ?

Ah oui,  sa dernière publication, qui symbolise la parfaite maitrise du roman noir sociétal et qui laisse présager ce que deviendra la ou le noir dans une paire d’année. Comme d’autres, mais peu, on les compte sur 3 doigts d’un manchot, « running gag à chier, je sais ».

Antoine Chainas est un précurseur, ou je ne sais quel mot. Il remue les codes du noir avec brio pour en faire du nouveau, comme disait Lavoisier ?

Et bien NON il crée,  Monsieur crée et avance, et fait avancer le roman noir, oui rien que cela.

Alors, attention  il va falloir être concentré, et réveillé pour ce livre et avoir cette envie de découvrir un des meilleurs romans noirs français depuis longtemps.

Avec une construction littéraire débutante et détonante, le livre vous prend assez vite, plus envie de le lâcher même pour aller aux toilettes, ce qui est peut être gênant ….

Sur plus de 600 pages, ce livre apporte de la nouveauté, et un plaisir intense de lecture, rarement lu, ou bu si vous comparez Antoine avec du café, ^^

Je rappellerai juste que ce roman est d’une intensité extrême et qu’ à la fin quand toutes les pièces s’imbriquent, vous refermez le livre et vous restez comme un con….et là, bah, comme pour « Alain Claret », transformation en statue.

Pour en savoir plus, car il est impossible d’en dire plus sans spoiler,

allez sur les liens ci dessous

 

EMPIRE DES CHIMÈRES d’ Antoine Chainas / Série Noire.

avec en sus un entretien

Entretien avec Antoine Chainas / Empire des chimères / SN.