Stavros, Sophia Mavroudis, Jigal par Bruno D.

Stavros Nikopolidis est un personnage atypique. Commissaire de la police athénienne, il a été durement touché dans sa chair lorsqu’il y a une dizaine d’année un archéologue fut retrouvé mort sur le chantier des fouilles du Parthénon, dont sa femme était responsable. Morceau de frise du Parthénon disparu et sa femme par la même occasion, de quoi plonger notre bon vivant au 36ème dessous. Ce colosse aux pieds d’argile, âme en peine errante et déboussolée, noyé dans l’ouzo et les substances diverses, ne doit son salut qu’à ses amis qui l’ont cherché et retrouvé dans un piteux état.

Rodolphe, identifié comme l’assassin probable et responsable, revient comme dans un mauvais rêve le narguer dix ans après, alors que notre commissaire semble s’être acheté une conduite et une vie que son fils Yannis, la cuisine grecque et le jeu du Tavli contribuent chaque jour à ensoleiller.

Sophia Mavroudis nous immerge dans une Grèce multiculturelle qui panse encore les plaies de cinquante cinq années d’ Histoire nauséabonde allant de la dictature des colonels à la dictature européenne d’aujourd’hui. Le grec, maillon fort d’une culture qui a donné à l’humanité toute ses lettres de noblesse avec une certaine sagesse, grâce à ses nombreux philosophes et un art de vivre avéré pour la nonchalance, est malmené depuis quelques années par une pauvreté et une austérité qui pèse lourdement sur ce peuple d’hédonistes.

Stavros est un concentré des maux grecs et son personnage d’ours mal léché mis en scène par l’auteur est délicieux d’ambiguïté. L’enquête est compliquée, tortueuse et les faux semblants ne manquent pas. Ce pays aux mille îles qui est la porte grande ouverte du sud de l’Europe vers les Balkans pour toutes sortes de trafics est un gigantesque terrain de jeu pour individus peu scrupuleux issus des pays de l’est, aidés par une autorité en place bien laxiste au mieux, corrompue au pire. La romancière nous propose un scénario nébuleux où Stavros, accompagné de son équipe, Dora, Niko, Eugène, Matoula et un bien énigmatique Livanos, son supérieur, auront de quoi s’occuper. Enfin, équipe c’est vite dit parce que le « Coco « en question a tendance à faire cavalier seul et il est bien difficile à suivre !

C’est plaisant et divertissant, mais j’ai relevé par moment un petit manque de liant, certainement l’effet premier roman. Ce n’est que mon humble avis, habitué grâce à Jimmy Gallier, le directeur de collection que je remercie, à ne boire que du petit lait. C’est cependant sérieux et solide avec un regard très honnête et juste sur la Grèce d’hier et d’aujourd’hui.

Sophia Mavroudis nous livre ici une Grèce en quête de rédemption, avec une population habituée à se prendre des murs dans la gueule, mais qui reste fière et debout malgré tout. Cette Grèce, c’est aussi celle de Georges Moustaki, Demis Roussos, Mélina Merkouri ou Nana Mouskouri, qui ont porté aux quatre coins du monde toute l’étendue de cette culture. C’est ce que Sophia Mavroudis nous livre sur un plateau, entre horreurs et richesses, elle nous fait partager l’amour de la Grèce, et ça je dois bien avouer que c’est fort réussi pour une première œuvre.

 

Bruno