Terres fauves, Patrice Gain, Editions Le Mot et Le Reste par Yann

 

L’Alaska, terre sauvage s’il en est, n’en finit pas d’alimenter rêves et fantasmes, crainte et fascination. Il n’est donc pas surprenant que Patrice Gain, homme de la montagne et des grands espaces, y situe son troisième roman, après La naufragée du lac des Dents Blanches (2016) et Denali (2017), également parus aux éditions marseillaises du Mot et Le Reste.

Sollicité par le gouverneur Kearny, David McCae, écrivain new-yorkais, a accepté d’écrire les mémoires du politicien. Afin d’étayer le récit de témoignages élogieux, McCae part en Alaska à la rencontre de Dick Carlson, alpiniste renommé et ami du gouverneur. Mais la rencontre ne se déroule absolument pas comme prévu et, suite à l’enregistrement involontaire de déclarations plutôt compromettantes, McCae va faire l’expérience de la violence des hommes en même temps que la découverte d’un milieu aux antipodes de ce qu’il connaît.

Patrice Gain creuse le sillon entamé avec ses deux précédents romans mais, là où on pouvait auparavant émettre quelques réserves sur l’écriture un peu scolaire et un scénario affaibli par excès de bons sentiments (en particulier sur La naufragée du lac des Dents Blanches), il franchit un cap avec Terres fauves en balayant d’un revers de main cette forme de bienveillance préjudiciable à la force de ses histoires. Il dépeint ainsi, à travers le personnage de Dick Carlson, une forme d’archétype du mal, un concentré d’égoïsme, de méchanceté, de mensonge et de suffisance. Carlson et ses acolytes , en mettant en péril la vie de McCae, lui feront prendre conscience de l’inépuisable capacité au mal dont est capable l’être humain.

Abandonné à son sort, McCae, le citadin, va également devoir faire connaissance avec la vie sauvage dans tout ce qu’elle a de plus rude et d’inhospitalier, affrontant avec terreur des moments particulièrement difficiles. Mais, en opposant l’indifférence de la nature à la malveillance de l’homme, Patrice Gain choisit son camp et c’est ce que sera amené à faire David McCae, nouveau Candide au pays de la dernière frontière.

Patrice Gain noircit le propos et donne ainsi à  ses Terres fauves une rugosité qui manquait à ses précédents romans. Les grands espaces et la vie sauvage s’accommodent finalement assez peu des bons sentiments et c’est en dévoilant la noirceur de l’homme qu’on leur restitue ce qui en fait la force et la beauté. On ne peut qu’espérer que l’auteur poursuive dans cette voie et continue à explorer cette mythologie nord américaine qui le fascine depuis son entrée en littérature.