Trouble Passager, David Coulon (French Pulp), par Le Corbac

Y a pas à dire, le David Coulon il sait s’y prendre (ou nous prendre par les tripes ou à la gorge) pour nous plonger dans les couloirs tortueux de la bestialité humaines, nous promener dans les pièces obscures recelant les vices et travers de l’Homme.
J’ai lu chacun des livres de ce sombre individu au sourire éblouissant. J’ai adoré Le Village des Ténèbres (Nouveaux Auteurs) et Dernière Fenêtre sur l’Aurore (Hélios), un peu moins Je serai le Dernier Homme (Edition Lajouanie) et là… ben je classerais ce Trouble passager entre le Village et Dernière Fenêtre
Je n’y retrouve pas ce côté cinéma fantastique espagnol qui m’avait charmé dans le Village mais j’y retrouve par contre toute la noirceur, cette ambiance pesante et cette noirceur dans la bassesse humaine qu’il y avait dans la Dernière fenêtre.
Trouble passager est comme l’eau de cette rivière trouvée au détour d’un bosquet, au bout d’un chemin de forêt ou au milieu du Larzac en pleine chaleur estivale. Elle est transparente, elle semble si fraîche et te promets repos et bien être. Alors tu poses tes petites affaires, tu ôtes tes pompes, tes chaussettes, remontes ton bas de pantalon jusqu’aux genoux et tu t’avances. D’abord elle est fraîche cette rivière, elle te fait du bien et te détend. Puis, petit à petit, l’eau se trouble, tu ne sais plus trop sur quoi tu marches. Le contact avec ta voute plantaire est étrange, tu hésites entre l’agréable et le dérangeant. L’eau se trouble quand tu commences à remuer la vase et que l’eau se trouble… Au bout d’un instant tu ne vois plus rien, tu n’es plus certain de tes sensations, oscillant entre répulsion et dégoût, inquiétude et panique.
Trouble Passager c’est tout pareil.
David Coulon t’emmène sur son petit Gr à lui, balisé comme il faut. Toi t’as tout ton équipement du parfait lecteur, fort de tous ces livres que t’as lu et très vite tu te dis que tu connais le sentier, que tu sais où il t’emmène.
Et t’as raison! Après avoir crapahuté facilement (limite t’aurais même pu faire le chemin au petit trop voire en courant avec un sac de fonte) t’arrives là où c’était prévu. Le petit ruisseau est là et il t’attend…alors tu rentres dedans et là…c’est comme dis plus haut. C’est pas du tout ce à quoi tu t’attends et pourtant c’est totalement identique à ce que tu attendais mais il y a un truc.
Y a un truc qui colle pas, y a quelque chose qui te perturbe, qui se faufile entre tes doigts de pieds, te mettant mal à l’aise, te déroutant petit à petit. Et ça remonte sur tes chevilles, ça t’agrippe les mots et tu glisses, tu chutes et te retrouves la tête sous l’eau. Complètement paumé, sans savoir où se trouve la surface, tout n’est plus qu’obscurité et t’as beau essayer de respirer tu ne bouffes que de la vase et de l’eau boueuse…
C’est exactement ce qu’il va t’arriver à la lecture du dernier roman de David Coulon. Ton Trouble ne sera pas passager (et si tu le prenais en stop tu aurais un passager bien trouble) bien au contraire. Il va te faire prendre des vessies pour des lanternes, te faire croire que les loups sont dans la bergerie, te faire suivre des sentiers faussement balisés, t’emmener exactement à l’endroit qu’il a choisi et quand il l’aura décidé. Il va te noyer dans sa boue glauque, tu vas sentir la vase malsaine s’emparer de toi pour finalement finir totalement asphyxié devant tant d’horreur.
David Coulon est un chef dans l’art du faux-semblant et de la manipulation. Son récit qui semblait si banal ou classique n’est qu’une succession de fausses pistes et de révélations toutes plus obscènes les unes que les autres. Il sait ménager l’angoisse et dresser son suspense à monter progressivement sans effet gore ou hectolitres de sang. Et pourtant son roman est un récit d’horreur. Une histoire à faire trembler et frissonner, à faire peur. Une aventure dans ce qu’il peut y avoir de plus malsain, vicieux, pervers et obscène chez l’être humain. Le Corbac s’est fait douloureusement manipuler mais il en redemande …

Le Corbac.