Une femme en contre-jour, Gaëlle Josse, Notabilia par Aurélie

Une Femme en contre-jour. Pour moi ce titre évoque aussi bien Vivian Maier, l’héroïne de ton livre, que toi Gaëlle. Vivian t’as imposé un style bien différent de tes précédents livres. On retrouve la concision de ta plume magique qui nous dit tout en peu de pages extrêmement bien écrites mais cette fois tu tiens la sensibilité à distance parce que tu n’as pas le choix.

Vivian, insaisissable, ambivalente, marquée par un destin difficile, ne pouvait être transformée en personnage de roman. Ce n’en est donc pas un. Tu respectes ainsi le mystère dont elle s’est entourée une bonne partie de sa vie et surtout tu prends de la distance avec ton sujet, le lecteur semble pouvoir te lire comme s’il voyait cette vie se dérouler sur une série de photos. Tu écris comme Vivian appuyait sur le déclencheur. C’est la marque d’un grand auteur que de pouvoir adapter son style à son sujet. Il en résulte ici un texte dépouillé de la douceur qu’on trouve dans tes autres textes mais fort d’une personnalité qui habite chaque passage du livre tout en restant empreinte de nombreuses zones d’ombre. On sent qu’elle t’a traversée Vivian et tu as su la révéler merveilleusement.

Dans ce livre tu parles d’elle mais tu nous parles aussi de toi, de photo mais aussi d’écriture. J’ai lu et relu p.114 un paragraphe qui me semble parfait pour mettre en avant l’interconnexion de vos deux univers.

« Sa distance de déclenchement, sa proximité avec le sujet est celle que je ressens comme la « bonne distance ». Au contact. Directe. Clochards, ouvriers épuisés, ivrognes ramassés par la police, enfants, nourrices, vieilles femmes, vendeurs de journaux, enfants de la rue, couples de tous âges, adolescents. Ils la regardent. Elle les voit. Elle les reconnaît. Photographier, c’est incorporer le sujet, symboliquement. Pour cette raison-là, et pour nulle autre, il n’y a pas de voyeurisme dans son travail, en dépit des scènes de disgrâce, de désespoir, d’abandon. Il faut avoir beaucoup vécu soi-même, connu le difficile de l’existence pour reconnaître ainsi, en quelques secondes, dans un visage, dans un geste, dans un détail, le déroulé de toute une vie. »

Voilà. Un nouveau trésor en librairie !

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