Unité 8200, Dov Alfon (Liana Levi), par Yann

Traduit de l’anglais par Françoise Bouillot.

Impressionnant parcours que celui de Dov Alfon, que l’on découvre grâce à Liana Levi avec la publication de ce premier roman, dont la quatrième de couverture nous informe qu’il est resté en tête des ventes en Israël en 2016 et 2017. L’homme a d’abord été officier pour les services de renseignements israéliens avant de se lancer dans le grand reportage pour finir aujourd’hui à Paris en tant que correspondant local du journal Haaretz.

On fera ici la connaissance d’un passager israélien kidnappé à Roissy par une mystérieuse femme blonde, d’un commissaire de police français légèrement dépassé par les événements, d’un gang de chinois pas toujours aussi efficaces qu’ils devraient l’être et de services secrets israéliens en proie à la panique suite à la trahison d’un de leurs espions.

Dov Alfon déroule sans faiblir sur 400 pages les 24 heures durant lesquelles tous ces protagonistes vont se croiser, s’affronter, se tromper et mettre Paris à feu et à sang, lors de ce que les médias finiront par appeler « la nuit des douze cadavres ». Alternant les points de vue, navigant sans cesse entre la France et Israël, la Chine et Macao, Alfon mène son intrigue avec rigueur, parvenant sans peine à emmener son lecteur avec lui en lui donnant une vision claire des tenants et aboutissants de l’histoire, sans pour autant faire de concessions au niveau du rythme, qui reste effréné tout au long du récit.

Réjouissant jeu de massacre, Unité 8200 brille par son intrigue autant que par ses personnages et l’humour omniprésent qui sous-tend l’ensemble. Dov Alfon n’épargne personne, ses concitoyens comme les français ou les chinois, il fait feu de tout bois, pour notre plus grand plaisir.

« Si les Inuits ont des dizaines de mots pour désigner la neige, les Français ont plus de cent mots pour dire « merde ». Abadi, qui pratiquait les nuances de ce terme depuis l’enfance, enregistrait les nombreux synonymes de l’arsenal de Boudin, qui allaient de « boues non purifiées » et « retours naturels » jusqu’à « eaux usées ». »

Incroyable compilation d’incompétences et d’erreurs de tous genres, la trame du roman tient néanmoins la route grâce aux connaissances que la carrière de Dov Alfon lui a permis d’acquérir, particulièrement impressionnantes en ce qui concerne le fonctionnement des services secrets israéliens. Il s’en amuse d’ailleurs en démontrant que, quel que soit le niveau de rigueur et d’efficacité exigé au sein d’un service, il ne faut pas grand chose pour mettre en péril l’ensemble de l’édifice. Et les chinois ne se montreront ici pas plus brillants que les israéliens ou la police française, comme s’il existait entre eux le concours de la plus grosse boulette.

Drôle, énergique et bien construit, Unité 8200 constitue indéniablement une bonne surprise en ce début d’année et pourra rappeler par sa férocité et son intrigue alambiquée le roman de Patrick Hoffman, Chaque homme une menace, récemment paru à la Série Noire et qui nous avait également réjoui.

Yann.

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