Ce que la mort nous laisse, Jordi Ledesma – Traduction Margot Ngyuien Béraud- (Asphalte Editions) par le Corbac

« C’est un beau roman, c’est une belle histoire… »
« Ta gueule ! D’abord tu chantes faux et puis je ne vois pas le rapport. Après tu vas nous chanter Herbert Léonard et pour le plaisir ? »
« Non je pensais plutôt à Joe Dassin et son Salut comment ça va ou alors son A Toi… »
« Ouais ben arrête de penser tu vas déglinguer ce bouquin ! »
« Ah bon ? Pourquoi ? Parce que mes références ne te plaisent pas ? Tu préférerais quoi ? Que je le compare au sensuel Hôtel California repris par les Gipsy King ? Au Bang Bang de Parabellum ? Au Cancion Del Mariachi de Banderas ? Au Dance Snake de Salma Hayek ? Au People are Strange des Doors ou à l’Everybody knows de Léonard Cohen ? »
« … »
« Ah ben voilà ! Là c’est toi qui la ferme… enfin ! Parce que t’as rien compris en fait mon chouchou. Ce que la mort nous laisse, c’est tout ça en même temps. C’est beau comme les larmes d’une statue dans une église qui coule, c’est beau comme Corto Maltesse qui parle des femmes, c’est beau comme du Baudelaire et du Simenon réuni… Quoi tu ne vois pas le rapport ?… Mais t’es trop con ou bien ? »
« Ben je vais dire ou bien ??? »
« C’est bien ce que je pensais ; tu l’as même pas lu en fait ? Ben t’es bien con. Ok tu t’attendais probablement à un défouraillage en règle, à des volées de plombs à chaque page, du sang et du sexe ? Normal tu t’es dit les hispanos, ils ont le sang chaud, sauf que voilà… T’as rien compris en fait. Parce ce que Ce que La Mort Nous Laisse c’est pas une tragédie sanglante, ni un nébuleux polar mais un putain de drame ! Ce bouquin c’est un grand poème en prose sur la Vie et l’Amour, sur les choix de l’Existence, sur les chemins que chacun prend en ce qu’il croit être son âme et conscience alors qu’en fait il est manipulé par son éducation, son milieu, le regard des autres, ses échecs et ses doutes personnels. Tu vois que t’as rien saisi de l’essence même de ce bouquin ! Parce que Jordi Ledesma il t’as écrit un bouquin qu’on dirait un Tango, voire un Flamenco. C’est plein d’émotions et de sentiments qu’on dirait presque une version moderne de Carmen. C’est tellement beau que tes yeux ils verseraient presque des larmes de sang, que ta gorge elle se nouerait, que ton estomac il se tordrait ; ce qui n’empêcherait ni tes doigts ni tes pieds de taper le rythme, ton cœur de battre à l’unisson de cette violence estivale, plombée par le soleil espagnol, par les éructations érotiques de cet été, par les trafics de ces petits branleurs de bourgeois arrivés et arrivistes sous prétexte qu’ils sont les fils de ou qu’ils ont réussi à se dresser au-dessus de la masse des pauvres hères qui hantent ce petit port (et quand je dis se dresser, faut pas oublier que l’argent leur donne, à certain, le droit et l’impunité de se prendre pour des prédateurs sexuels, ou des sex-symbols des bacs à sable, le temps d’un instant, le temps d’un été.) Oui, mon ami, y a tout ça dans ce sublime récit mais pas que… »
«… »
« Ah ah ah, je t’ai scotché ? T’es englué comme une mouche dans la glu collante de ce truc tire-bouchonné qui pend du plafond, comme l’insecte minuscule pris au piège de l’araignée ou le pov piti lapin coincé dans son collet ? Normal, c’est ça que tu vas ressentir en lisant Jordi Lesesma et plus encore ! Tu vas revivre cet été de ton adolescence durant lequel tout a changé, celui qui t’as ouvert les yeux, où tu as perdu ta candeur et ouvert les yeux sur la vraie vie. Fini les fanfaronnades à deux balles, les récits inventés pour te faire mousser auprès de tes potes dès la rentrée arrivée : cet été- là t’as appris la vie. Parce que cet été- là t’as rencontré l’Amour et la Mort, la Haine et l’Envie, la Turpitude et la Jalousie, la Colère et la Violence, le Mensonge et la Manipulation, la Tristesse et le Remord, le Regret et la Beauté. Tu as baisé, bu, bouffé, menti, voler, trahi, trompé et été trahi et trompé ; tu as changé sous la force des événements engendrés par d’autres, tu as ouvert la boîte d’une Pandore mesquine qui t’as promis ce que tu n’aurais jamais et fait miroiter des mirages loin de ta condition, te laissant croire durant quelques semaines qu’ils pourraient être tien… Et j’en passe. Y a toutes ces rencontres et toutes ces violentes découvertes dans ce magnifique roman. Celui de la désillusion, celui de la mélancolie, du temps passé et des rêves oubliés.
Alors maintenant moi je vais te laisser t’y plonger, dans cette mer houleuse et souvent fangeuse qu’est notre vie et je vais continuer à me battre pour vivre… Parce que tant que t’es pas crevé, il reste un espoir ! »

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